À quoi sert un codec
Une vidéo non compressée est gigantesque : une image Full HD (1920 × 1080 pixels) en couleurs 8 bits pèse environ 3 Mo sous la forme la plus courante, et il en faut 25 à 60 par seconde. Une heure représenterait plusieurs centaines de gigaoctets. Un codec (contraction de codeur-décodeur) réduit ce volume d'un facteur de l'ordre de cent à mille, en supprimant ce que l'œil perçoit peu et en ne transmettant, d'une image à l'autre, que ce qui change.
La contrepartie est un travail de calcul : pour afficher la vidéo, l'appareil doit reconstituer chaque image à partir des données compressées. Plus le codec est efficace, plus ce travail est lourd. C'est pourquoi un codec récent, qui économise de la bande passante, peut mettre en difficulté un appareil ancien.
Le codec est indépendant du conteneur (MP4, MKV, MPEG-TS) et du protocole de diffusion (HLS, DASH). Si ces notions vous sont peu familières, notre article HLS, MPEG-TS et DASH les présente.
H.264, HEVC, AV1 : les trois générations
H.264 (AVC)
Normalisé en 2003, H.264, aussi appelé AVC ou MPEG-4 partie 10, est le codec le plus universel. Pratiquement tous les appareils vendus depuis une quinzaine d'années le décodent matériellement. C'est le choix par défaut de la majorité des chaînes diffusées en ligne en HD.
HEVC (H.265)
Normalisé en 2013, HEVC vise la même qualité que H.264 avec un débit sensiblement inférieur, souvent présenté comme jusqu'à deux fois moindre, l'écart réel dépendant du contenu et de l'encodeur. Il s'est imposé pour la 4K et le HDR. Son adoption a été freinée par un régime de brevets complexe, ce qui explique qu'il ne soit pas toujours disponible gratuitement : sous Windows, par exemple, la lecture HEVC dans les applications du système passe par une extension vendue sur le Microsoft Store.
AV1
Publié en 2018 par l'Alliance for Open Media (qui réunit notamment Google, Netflix, Amazon, Microsoft et Apple), AV1 est libre de redevances et encore plus efficace que HEVC. Il est de plus en plus utilisé par les grandes plateformes de vidéo, mais le décodage matériel n'est présent que sur les puces assez récentes, généralement conçues à partir de 2020.
| Critère | H.264 / AVC | HEVC / H.265 | AV1 |
|---|---|---|---|
| Année | 2003 | 2013 | 2018 |
| Efficacité relative | Référence | Nettement meilleure | Meilleure encore |
| Usage typique | HD, direct, compatibilité maximale | 4K, HDR, télévision UHD | Plateformes de vidéo, 4K sur Internet |
| Décodage matériel | Quasi universel | Répandu sur les appareils 4K | Puces récentes seulement |
| Redevances | Oui (licences) | Oui (plusieurs groupes de brevets) | Non |
On rencontre aussi MPEG-2, ancien codec de la TNT en définition standard, et VP9, prédécesseur d'AV1 chez Google, très présent sur YouTube.
Décodage matériel ou logiciel
Un appareil peut décoder une vidéo de deux façons :
- en matériel : un circuit spécialisé de la puce, dédié à un codec précis, fait le travail. C'est rapide, économe en énergie et silencieux ;
- en logiciel : le processeur principal calcule tout lui-même, à l'aide de programmes comme ceux de la bibliothèque FFmpeg. Cela fonctionne pour presque tous les codecs, mais consomme beaucoup plus.
Le décodage logiciel est une excellente solution de secours : un ordinateur puissant décode sans peine du HEVC en 1080p même sans circuit dédié. En revanche, une clé TV ou un téléphone d'entrée de gamme n'a pas la puissance nécessaire pour décoder en logiciel de la 4K en HEVC ou en AV1 : le résultat est une image saccadée, des pertes d'images, voire un écran figé.
Le décodage matériel a aussi ses limites : le circuit ne gère que les codecs, profils, définitions et fréquences prévus par le fabricant. Une puce qui décode HEVC 8 bits peut refuser HEVC 10 bits ; une puce qui décode la 4K à 30 images par seconde peut peiner à 60.
Les lecteurs fondés sur libmpv, comme AICKO IPTV, tentent d'abord le décodage matériel et basculent en logiciel si celui-ci échoue. Les options correspondantes sont décrites sur la page lecteur vidéo. Sur PC, l'accélération matérielle passe par le pilote graphique : un pilote à jour est souvent la meilleure correction, comme l'explique notre guide pour regarder ses flux sur Windows.
Profils, niveaux, 10 bits et HDR
Dire qu'un appareil « lit le HEVC » ne suffit pas. Chaque codec se décline en profils (les outils de compression autorisés) et en niveaux (les limites de définition, de fréquence et de débit).
| Codec | Profils courants | À savoir |
|---|---|---|
| H.264 | Baseline, Main, High, High 10 | High 8 bits est quasi universel ; High 10 est rarement décodé en matériel |
| HEVC | Main (8 bits), Main 10 (10 bits) | Main 10 est indispensable pour le HDR |
| AV1 | Main (8 et 10 bits) | Le profil Main couvre l'essentiel des usages grand public |
Le niveau s'exprime par un nombre : un flux H.264 de niveau 4.1 convient à la Full HD, tandis que la 4K exige en général un niveau 5.1 ou plus. Un appareil limité à un niveau inférieur refusera ou décodera mal le flux.
10 bits et HDR
Une vidéo 8 bits code chaque composante de couleur sur 256 valeurs ; une vidéo 10 bits sur 1 024, ce qui évite les effets d'escalier dans les dégradés du ciel. Le HDR (plage dynamique étendue) s'appuie sur le 10 bits pour afficher des blancs plus lumineux et des noirs plus détaillés. Il en existe plusieurs formats : HDR10 (le socle commun), HLG (conçu pour la diffusion télévisée), HDR10+ et Dolby Vision (avec des métadonnées dynamiques).
Lire du HDR suppose une chaîne complète : un décodeur 10 bits, un lecteur qui transmet les métadonnées, une sortie vidéo compatible et un écran HDR. Si l'un des maillons manque, l'image apparaît délavée et grisâtre, ou au contraire trop sombre. Le lecteur peut alors convertir le HDR en image standard (opération appelée tone mapping), ce qui demande des calculs supplémentaires.
Symptômes et solutions
La plupart des problèmes de lecture liés au codec se reconnaissent à leur symptôme. Voici les cas les plus fréquents.
| Symptôme | Cause probable | Piste de solution |
|---|---|---|
| Son sans image (écran noir) | Codec vidéo non pris en charge par le décodeur choisi, souvent HEVC ou AV1 sur un appareil ancien | Changer de mode de décodage (matériel/logiciel), essayer une version SD ou HD de la chaîne |
| Image sans son | Piste audio dans un format non géré (AC3, E-AC3, DTS) ou sortie audio mal configurée | Choisir une autre piste audio, désactiver le passthrough |
| Saccades régulières, surtout en 4K | Décodage logiciel trop lourd pour le processeur | Activer le décodage matériel ou choisir une qualité inférieure |
| Image verte, rose ou en blocs | Décodeur matériel défaillant sur ce profil | Passer en décodage logiciel, mettre à jour le système ou le pilote |
| Couleurs délavées | Contenu HDR affiché sur une chaîne non HDR | Activer la conversion HDR vers SDR, vérifier le mode HDR de l'écran |
| Appareil qui chauffe, batterie qui fond | Décodage logiciel prolongé | Vérifier que l'accélération matérielle est active |
| Lignes horizontales sur les mouvements | Vidéo entrelacée (1080i, fréquente à la télévision) non désentrelacée | Activer le désentrelacement dans le lecteur |
Pour distinguer un problème de codec d'un problème de réseau, observez le comportement : un souci de réseau provoque des arrêts avec indicateur de chargement, puis une reprise ; un souci de décodage provoque des saccades continues sans chargement, même quand la mémoire tampon est pleine. Le diagnostic réseau est traité dans notre guide contre la mise en mémoire tampon.
Savoir ce que votre appareil décode
Quelques méthodes permettent de vérifier les capacités réelles de votre matériel :
- La fiche technique du fabricant, qui liste en général les codecs matériels (« HEVC Main 10 », « AV1 », « Dolby Vision »…). C'est la source la plus fiable pour un téléviseur ou une box.
- Les informations de lecture du lecteur : la plupart des lecteurs affichent, pendant la lecture, le codec du flux, sa définition, et le décodeur utilisé (matériel ou logiciel).
- Sur Android, des applications d'information système listent les décodeurs matériels déclarés par la puce.
- Sur PC Windows, le Gestionnaire des tâches montre, dans l'onglet Performances, l'activité « Video Decode » du processeur graphique : si elle reste à zéro pendant la lecture, le décodage se fait en logiciel.
Enfin, gardez en tête que le codec est choisi par la source, pas par le lecteur. Si une chaîne n'existe qu'en HEVC 10 bits et que votre appareil ne le décode pas en matériel, aucun réglage ne le transformera en H.264. La seule solution durable est alors une version différente du flux ou un appareil plus récent.
En résumé
- Un codec compresse la vidéo ; plus il est efficace, plus le décodage est exigeant.
- H.264 est universel, HEVC domine la 4K et le HDR, AV1 est libre de redevances mais demande une puce récente.
- Le décodage matériel est rapide et sobre ; le logiciel est un secours gourmand.
- Le profil (8 ou 10 bits) et le niveau comptent autant que le nom du codec.
- Son sans image, saccades sans chargement et chauffe signalent presque toujours un problème de décodage.
Questions fréquentes
Pourquoi ai-je le son mais pas l'image ?
Le son et l'image utilisent deux codecs distincts. Si l'audio est compatible mais pas la vidéo, souvent du HEVC ou de l'AV1 sur un appareil ancien, le lecteur diffuse le son sur un écran noir. Changez de mode de décodage ou choisissez une autre qualité de la chaîne.
Le HEVC est-il meilleur que le H.264 ?
À débit égal, il offre une meilleure image, ce qui est précieux en 4K ou sur une connexion modeste. Mais il demande plus de calcul et n'est pas décodé matériellement par tous les appareils anciens, où le H.264 reste plus fiable.
Mon appareil peut-il lire l'AV1 ?
Seules les puces assez récentes, en général conçues à partir de 2020, décodent l'AV1 en matériel. Consultez la fiche technique de l'appareil ; en l'absence de décodage matériel, l'AV1 en haute définition risque de saccader.
Pourquoi mon téléphone chauffe-t-il pendant la lecture ?
Le plus souvent, la vidéo est décodée en logiciel par le processeur principal. Vérifiez que l'accélération matérielle est activée dans le lecteur et que le flux utilise un codec pris en charge par la puce.
