Publié le · par l’équipe AICKO IPTV · 7 min de lecture

« Mon test de vitesse affiche 500 Mb/s, et pourtant la vidéo se fige. » Cette situation est plus fréquente qu'on ne le croit. Un test de vitesse mesure la quantité de données qui peut passer par seconde, comme la largeur d'une autoroute. Il dit peu de choses sur la régularité du trafic, les bouchons ponctuels ou les véhicules qui n'arrivent jamais. Ces trois dimensions ont un nom : la latence, la gigue et les pertes de paquets. Les comprendre permet de poser le bon diagnostic et d'éviter d'acheter un abonnement plus rapide qui ne changera rien.

Trois indicateurs, trois questions différentes

Sur Internet, toutes les données voyagent découpées en paquets de quelques centaines à environ 1 500 octets. Chacun d'eux parcourt un chemin à travers plusieurs routeurs avant d'atteindre sa destination.

  • La latence répond à la question : combien de temps met un paquet pour faire l'aller-retour ? On la mesure en millisecondes (ms) ; c'est la valeur affichée par la commande ping, d'où son surnom.
  • La gigue (en anglais jitter) répond à : ce temps est-il régulier ? Une latence qui oscille entre 10 et 150 ms a une forte gigue, même si sa moyenne paraît correcte.
  • Les pertes de paquets répondent à : combien de paquets n'arrivent jamais ? On l'exprime en pourcentage du nombre envoyé.

Des valeurs de référence

IndicateurExcellentAcceptableProblématique
Latence vers un serveur prochemoins de 20 ms20 à 60 msplus de 100 ms
Giguemoins de 5 ms5 à 20 msplus de 30 ms
Pertes de paquets0 %moins de 0,5 %1 % et plus

Ces seuils sont indicatifs. La technologie d'accès fixe le plancher : la fibre offre en général les latences les plus basses, l'ADSL et la 4G ajoutent quelques dizaines de millisecondes, et un satellite géostationnaire dépasse structurellement 500 ms, car le signal parcourt environ 36 000 km jusqu'au satellite, dans chaque sens.

Pourquoi ces indicateurs perturbent la vidéo

La plupart des flux vidéo sur Internet passent par TCP, le protocole qui garantit que chaque paquet arrive, quitte à le renvoyer. Cette garantie a un coût.

Les pertes font chuter le débit

Quand TCP constate une perte, il renvoie le paquet manquant et, surtout, réduit fortement son rythme d'envoi, estimant que le réseau est saturé. Il remonte ensuite progressivement. Avec 1 à 2 % de pertes régulières, une connexion à 500 Mb/s peut ne plus transporter que quelques mégabits par seconde sur un flux donné. C'est ainsi qu'un test de vitesse, qui ouvre plusieurs connexions en parallèle, peut rester bon tandis qu'un flux vidéo unique s'effondre.

La latence limite le débit d'une connexion

Plus l'aller-retour est long, plus TCP met de temps à accélérer et à se remettre d'une perte. Un serveur situé à l'autre bout du monde, avec 250 ms de latence, aura plus de mal à fournir un flux 4K régulier qu'un serveur situé dans votre pays, à débit égal.

La gigue vide la mémoire tampon

Le lecteur compte sur un approvisionnement régulier. Si les paquets arrivent en rafales séparées par des trous, la réserve se vide pendant les trous. Une mémoire tampon plus grande compense en partie : c'est le sujet de l'article corriger la mise en mémoire tampon.

Le cas des flux MPEG-TS

Certains flux de télévision en direct sont transmis en MPEG-TS, parfois sur UDP, un protocole qui ne renvoie pas les paquets perdus. Une perte se voit alors immédiatement : blocs colorés, image qui se déchire, son qui craque pendant une fraction de seconde. Ce symptôme très particulier oriente vers les pertes plutôt que vers le débit.

Le bufferbloat : quand la box elle-même crée la latence

Le bufferbloat est un phénomène méconnu et pourtant très répandu. Les box et les routeurs disposent de files d'attente pour stocker temporairement les paquets quand le lien est plein. Si ces files sont trop grandes, elles se remplissent lors d'un gros transfert et chaque paquet attend son tour pendant des centaines de millisecondes.

Le scénario typique : un membre du foyer lance une sauvegarde de photos vers le cloud, qui sature le débit montant. Aussitôt, la latence de tout le foyer passe de 15 à 400 ms. Les accusés de réception envoyés par le téléviseur restent coincés dans la file, et la vidéo, pourtant en réception, se met à couper.

Le détecter

  1. Lancez un ping continu vers un serveur fiable (voir la section suivante) et notez la latence au repos.
  2. Pendant que le ping tourne, lancez un test de vitesse sur un autre appareil, ou un gros envoi de fichiers.
  3. Si la latence est multipliée par dix pendant le test, votre connexion souffre de bufferbloat.

Plusieurs sites de test de débit affichent désormais la « latence sous charge », ce qui fait exactement cette mesure automatiquement.

Le corriger

  • Limiter les gros envois aux heures creuses : programmer les sauvegardes cloud la nuit.
  • Activer la gestion de la qualité de service si votre box la propose ; les réglages varient d'un opérateur à l'autre.
  • Pour les utilisateurs avancés, un routeur prenant en charge une gestion active des files (algorithmes comme fq_codel ou cake, souvent désignés sous le nom de SQM) réduit spectaculairement le phénomène, au prix d'une légère limitation du débit maximal.

Mesurer soi-même avec les outils du système

Nul besoin d'installer un logiciel : les commandes réseau de base sont présentes sur tous les ordinateurs.

La commande ping

Sous Windows, ouvrez l'invite de commandes et tapez :

ping -n 100 192.168.1.1
ping -n 100 un-serveur-connu.exemple

Sous macOS et Linux, l'option équivalente est -c :

ping -c 100 192.168.1.1

La première adresse est celle de la box dans la plupart des foyers (elle peut être 192.168.0.1 ou autre ; elle figure dans les paramètres réseau de l'ordinateur sous le nom de « passerelle »). La seconde est un serveur sur Internet, par exemple le site de votre opérateur. En fin de mesure, le système affiche le minimum, le maximum, la moyenne et le pourcentage de paquets perdus.

Interpréter les résultats

Ping vers la boxPing vers InternetDiagnostic
Stable, 1 à 5 ms, 0 % de perteStable, 0 % de perteConnexion saine : chercher du côté de la source ou de l'appareil
Irrégulier, pertesIrrégulier, pertesProblème local : Wi-Fi, câble ou CPL
Stable, 0 % de perteIrrégulier ou pertesProblème sur la ligne ou chez l'opérateur

Ce tableau est la clé du diagnostic : comparer la box et Internet sépare nettement ce qui se passe chez vous de ce qui se passe au-delà. En Wi-Fi, un ping vers la box qui dépasse régulièrement 20 ou 30 ms trahit un signal faible ou un canal encombré ; le guide Wi-Fi, Ethernet ou CPL propose les solutions.

Suivre le chemin avec tracert et pathping

La commande tracert (Windows) ou traceroute (macOS, Linux) affiche chaque routeur traversé jusqu'à la destination, avec sa latence. Sous Windows, pathping va plus loin : pendant quelques minutes, il mesure les pertes à chaque étape. Attention à une erreur d'interprétation courante : de nombreux routeurs répondent aux tests avec une faible priorité. Une perte affichée sur une étape intermédiaire n'est significative que si elle se retrouve sur toutes les étapes suivantes jusqu'à la destination.

Les causes les plus fréquentes et leurs remèdes

  • Wi-Fi faible ou encombré : pertes et gigue dès le ping vers la box. Rapprocher, passer en 5 GHz, ou câbler.
  • Câble Ethernet abîmé : un connecteur dont le clip est cassé ou un câble écrasé sous un meuble peut provoquer des pertes intermittentes. Changer le câble coûte peu et élimine le doute.
  • CPL perturbé par un appareil électrique : les pertes apparaissent quand le lave-linge ou un chargeur fonctionne.
  • Saturation montante (bufferbloat) : latence qui s'envole lors des envois.
  • Ligne cuivre dégradée : pertes aussi en Ethernet, souvent plus marquées par temps humide. Seul l'opérateur peut intervenir ; conservez vos mesures datées pour appuyer votre demande.
  • Serveur distant éloigné ou surchargé : tout est sain jusqu'à votre opérateur, puis la latence grimpe. Rien à faire chez vous, sinon augmenter la mémoire tampon du lecteur.

Si la dégradation persiste et relève de votre opérateur, adressez-lui d'abord une réclamation écrite. L'Arcep, le régulateur des télécommunications, recueille par ailleurs les signalements des utilisateurs sur son site J'alerte l'Arcep ; ce service ne traite pas les litiges individuels mais aide à repérer les dysfonctionnements récurrents.

En résumé

  • Latence, gigue et pertes de paquets complètent le débit et expliquent de nombreuses coupures.
  • Repères : moins de 20 ms de latence, moins de 5 ms de gigue et 0 % de pertes sont d'excellentes valeurs.
  • Quelques pour cent de pertes suffisent à effondrer le débit d'un flux vidéo sur TCP.
  • Comparez le ping vers la box et vers Internet pour savoir si le problème est chez vous ou au-delà.
  • Le bufferbloat se détecte en mesurant la latence pendant un gros transfert.

Questions fréquentes

Quelle latence faut-il pour regarder des vidéos ?

La vidéo à la demande tolère bien une latence de 50 à 100 ms, car le lecteur précharge plusieurs secondes. Ce qui la gêne surtout, ce sont la gigue et les pertes de paquets, qui rendent l'arrivée des données irrégulière.

Mon ping vers la box est de 40 ms en Wi-Fi : est-ce normal ?

Non. Vers la box, en Wi-Fi correct, la latence reste en général sous 10 ms. Une valeur plus élevée ou très variable indique un signal faible, un canal encombré ou un répéteur mal placé.

Les tests de vitesse en ligne mesurent-ils la gigue ?

La plupart l'affichent, parfois sous le nom de jitter, et certains mesurent aussi la latence sous charge. Retenez que ces tests visent un serveur proche : ils ne reflètent pas forcément le trajet vers le serveur qui diffuse votre vidéo.

Faut-il 0 % de pertes absolument ?

Une perte isolée de temps en temps est sans conséquence. En revanche, des pertes régulières au-delà de 0,5 à 1 % dégradent nettement la vidéo et justifient de chercher la cause.

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